Banale / Fanny Chiarello – L’École des loisirs, 2015

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Je suis banale, comblètement banale(uh).

Nous avons donc Clara. Banale. Atrocement banale. Complètement transparente. C’est simple, elle n’a aucun don. Elle n’est pas spécialement naze, elle est juste tellement ordinaire que tout serait pareil si elle n’était pas là.

Manque de pot, Clara est entourée de gens populaires, son débile de frère en premier, et sa merveilleusement unique copine Inès en second. Dur.
Manque de pot aussi, ses parents ne se sentent absolument pas concernés par les problèmes pourtant si absolument existentiels de leur fille.

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pauvre Clara, seule et incomprise

Du coup, Clara n’a plus le choix, si elle veut espérer s’en sortir dans cette jungle qu’est l’école, il va falloir qu’elle devienne populaire. C’est dorénavant une question de vie ou de… oui non, quand même pas. C’est juste une question importante.

Bon voilà. Il va falloir devenir populaire. Ok. Super. Très bon choix tactique. On aurait probablement fait le même à sa place. En même temps, sachant que l’autre option pour être remarquable est de se transformer en gros nul détesté de tous, il est vite fait, le choix.

Le problème c’est que Clara, pas forte des qualités qu’elle n’a pas, n’a absolument aucune idée de la façon dont on devient populaire. Elle va donc s’attacher à reproduire toute une panoplie de recettes qu’elle va piquer à ceux qu’elle admire dans la cours de récré pour devenir comme eux.

S’en suit irrémédiablement une série de situations toutes plus absurdes et désopilantes les unes que les autres, dans lesquelles on voit Clara partir à la recherche de ce qui ferait d’elle une personne unique.

Une histoire banale en somme, me direz-vous.

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merci DTP pour cette passionnante critique…

Oui mais non. C’est peut-être un sujet battu et rebattu de la littérature jeunesse, y en a p’têt des mieux, mais des aussi drôles et surtout à la fois clair, complexe mais facile à lire, je sais pas.

Parce que grâce à Clara (et en 150 petites pages), on comprend vite qu’être banal, c’est être comme tout le monde, que du coup, personne ne nous remarque, et qu’on est donc seul parmi les autres. Alors qu’être populaire, c’est être admiré par tout le monde, qui veut donc nous ressembler, et être comme nous. Et puisque tout le monde fini par être comme nous, on fini tous par être comme tout le monde. Cqfd, la boucle est bouclée, le serpent se mord la queue, toussa toussa.

Tu piges?

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mais de rien. demande moi si tu veux apprendre la vie.

J’ai lu beaucoup de critiques qui reprochent à Fanny Chiarello le ton de ses personnages, trop adultes pour des enfants qui sont supposés être en CM1. C’est justement, pour moi, le point fort du livre. Ce qui fait toute la différence. Il existe une somme incalculable de livres sur les méchantes/gentilles filles/garçons populaires/nerd  qui parlent « comme des jeunes de CM1 ». Ben je les trouve vachement moins bien. Parce que c’est ce décalage entre l’image qu’à Clara d’elle-même, le regard qu’elle porte et le discours qu’elle tient qui fait de ce livre un petit bijou drôle et intelligent. On échappe pas à quelques petits poncifs du genre qui font q’un morceau de sucre aide la médecine à couler et que tout passe bien, n’ayez pas peur, c’est pas non plus TROP intelligent. Juste ce qu’il faut.

On en profite quand pour se poser deux ou trois questions existentielles, surtout à cet âge là, sur qui on est vraiment. Et est-ce qu’on doit faire quelque chose pour devenir celui qu’on veut être ? Est-ce que les autres sont vraiment des modèles ? Et être comme tout le monde, est-ce que c’est vraiment le mieux ?

Presque malheureusement (mais c’est juste pour ne pas faire que des critiques élogieuses), ce livre donne une petite réponse.

Mais c’est pas très grave, ça rassure les parents.

Je vais arrêter là avec Banale, parce que de toute façon, on aura l’occasion de parler de l’intelligence, de la douceur et de la justesse de l’écriture de Fanny Chiarello quand je vous parlerai de son magnifique Le Blues des petites villes (pour lequel, je suis désolée, je ne trouve aucune critique négative à faire, parce que c’est juste l’un des plus beaux livres sur l’amour).

Mais je ne vais pas m’arrêter là tout de suite pour l’article. Parce que j’ai encore des choses à dire sur cette thématique et que pour finir, je voudrais vous parler d’Alexis, d’être soi et de Vivants, de Thierry Lenain et Betty Bone, chez Sarbacane.

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Cette semaine, via Facebook, j’ai eu l’occasion d’avoir des nouvelles un peu tristes d’Alexis.

Je ne l’ai croisé qu’une fois, il avait peut-être 3 ans, ou 4 ou 5, je ne sais pas trop, il avait une super paire de baskets neuves, des baskets du tonnerre. Je l’ai croisé parce que j’étais en stage avec sa mère renarde, à l’humour qui décape tellement que j’ai perdu toute une couche de mon duvet d’oie blanche (#c’était génial). Alexis est autiste, il doit avoir aujourd’hui 12 ou 13 ans, et il est au collège, et ça va. Pour les notes. Parce que pour les autres, c’est plus compliqué apparemment. C’est même tellement compliqué que des fois, il y va pas, au collège.

Pourtant, Alexis est vivant. C’est un enfant qui grandit et qui, au même titre que tous les autres, devrait avoir la possibilité d’être lui.

Je vais pas vous faire une belle leçon de morale, vous dire à quel point c’est probablement tellement génial d’avoir un enfant autiste, et que si tout les enfants se donnaient la main et avaient des petits cœurs paillette paillette dans les yeux, on ferait tous des cacas arc-en-ciel. Ça c’est bon, y en a plein qui le font. Qui le font bien aussi, des fois, c’est pas pire (mais c’est pas trop le genre de la renarde, les caca à paillettes…)

Je vais juste vous inviter à lire Vivants, qui vous parle de tout ça de façon plus intelligente, et à réfléchir, avec vos enfants si vous voulez, à toutes ces questions qu’on se pose, à réfléchir à la façon dont des centaines de milliers de personnes sont traitées, quelles que soient leurs différences. Parce que j’aimerai beaucoup bien qu’Alexis, ses parents, tous les Alexis et tous leurs parents, puissent aller à l’école en paix, et avoir un métier tranquillement, et être comme les autres s’ils en ont envie, ou que les autres puissent être comme eux, je m’en fout.

 

 

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