Génération K / Marine Carteron – Le Rouergue, coll. Epik, 2016

kGénération désenchantée.

Ok. Elle était facile. En même temps, des fois, faut pas chercher trop original.

Marine Carteron remet le couvert, après l’excellentissime trilogie Les Autodafeurs (aussi éditée chez Le Rouergue), elle revient toujours plus fort, toujours plus vite, toujours plus haut avec Génération K., un thriller fantastico-génétique qui fait KPOW dans ta tête.

 

ka-pow-logo-halftone-small
ce qui se passe dans ta tête quand tu lis un livre de Marine Carteron

Voilà. Si comme moi tu as lu (et adoré) Les Autodafeurs, toi même tu sais que tu vois qu’est-ce que je veux dire. Marine Carteron, c’est un peu l’équivalent de ces bonbons qui t’arrachent la goule, mais qui sont tellement sucrés que ça passe tout seul. T’en reprends même un, tiens.

autodafeurs

les autodafeurs / Marine Carteron, Le Rouergue, 2014

 

Ce qui m’avait absolument accroché dans sa première trilogie, c’est sa façon extrêmement cinématographique d’écrire, foisonnante, touffue, fourmillante, fascinante ; il se passe une chose à chaque page, et on en prend plein les yeux.
On pourrait s’agacer de cette débauche d’évènements, d’actions improbables, de références littéraires et historiques, de sous-entendus pédagogiques… Mais on ne le fait pas.
D’abord parce qu’on n’en a pas le temps, à peine on se dit « rholala, encore… », qu’on est déjà happé par l’action suivante et que, c’est plus fort que nous, on tourne la page. C’est tellement bien d’être autant DANS un livre….
Ensuite, on ne le fait pas parce qu’on s’en fout un peu. Complètement en fait.
Ce livre est écrit pour des adolescents, et aussi des adolescents éloignés de la lecture. Il est écrit à la façon d’un blockbuster hollywoodien : un brin de manichéisme et de pédagogie, une débauche d’effets spéciaux,une dose d’énergie terriblement entraînante et une efficacité redoutable. D’ailleurs, je rêve de voir les Autodafeurs sur un écran, avec une vraie Sara et une vraie Césarine dedans.

Pour Génération K. (ouiiii, d’accooooord on y vient, mais j’avais trop envie de vous parler des Autodafeurs, j’adore les Autodafeurs), Marine Carteron passe de Kick-Ass à Kill Bill, pour le roman de la maturité (non, j’déconne, absolument pas mature, c’est chiant, les trucs matures).

explosion

pas trop cuit mon cadavre stp…

 

Bon, on va essayer de la faire courte, on n’est pas là pour vous raconter des histoires. On a donc 3 adolescents, deux meilleures copines que tout oppose, Kassandre, la fille du milliardaire un peu beaucoup méchant, Mina (en fait elle s’appelle Michelle-Anne, peuchère), la fille de la domestique, et Georges, un orphelin paumé qui se la coule pas douce en prison. Les trois personnages principaux. Mais ça commence par une scène en forme de conte tsigane ambiance les Carpates roumaines une nuit d’hiver et de pleine lune qui fait pas plaisir,voir carrément peur, pour te mettre direct dans le bain.

Après, pouf, on fait la connaissance de nos personnages et bim, Kassandre, dite Ka fout sa fête d’anniversaire en l’air et se barre avec Mina avant de se faire rattraper par le padre qui l’envoie direct en pension chez les Suisse (en même temps il avait prévenu) où une chose très vilaine et particulièrement violente tente de la kidnapper pour la tuer tandis que Mina (tu la voies l’ambiance Caraptes roumaines qui revient) s’enfuit en Italie, Italie où se trouve Georges, qui s’est fait sortit de prison sans savoir pourquoi, et qui se retrouve lui aussi avec des gros pas gentils qui aiment le sang. Les trois sont dotés d’étranges pouvoirs, et les trois sont recherchés par des gens très méchants et très cruels (le genre à t’arracher des organes alors que t’es même pas encore mort) pour ça.

On vous en dit pas plus (pas comme la 4e de couverture, qui en dit un peu trop à mon goût, mââââââis bon, faut c’qu’il faut pour appâter l’chaland).

OUF. Pause. Ah non. Pas dans le livre. Pas pour les personnages, et donc pas pour le lecteur. On tourne les pages comme si c’était nous qui étions menacés, alors qu’objectivement, on est tranquillou-bilou dans notre fauteuil/lit/voiture et qu’on risque rien. Mais quand même (sauf si on est en voiture, et en l’occurrence derrière son volant… on vous le dira jamais assez : lire ou conduire, il faut CHOI-SIR).

drogue

ce livre est une drogue

 

C’est l’immense tour de force de Marine Carteron, même s’il y a toujours un petit quelque chose qui nous plaît pas, qui nous énerve, même si les effets secondaires peuvent-être légèrement désagréables, on laisse tout passer, parce qu’on est accro. Et qu’on s’en fout, de l’aspect littéraire, du vraisemblable, des personnages parfois énervants.

Parce que oui, Kassandre, tu es une petite personne très énervante. Et fatigante. Tu fatigues tout le monde. Mais je sais que tu vas changer, que tu vas évoluer, et c’est pour ça que je suis prête à soudoyer ton éditeur  et ton auteur à coup de bonbecs acidulés pour qu’ils passent à la vitesse supérieure pour le t2. Et le 3. S’il te plait. merci.

On attend avec beaucoup d’impatience de voir comment vont évoluer ces personnages pour l’instant si peu sûr d’eux et de leurs pouvoirs, qui se découvrent en même temps que nous les découvrons, et qui se rendent compte d’à quel point les apparences peuvent-être trompeuses : alors qu’on se pensait douce et pacifique, on se découvre violente et attirée par le sang (au diable les envies de veganisme), alors qu’on pensait que tel personnage était une ordure sans nom, on découvre qu’il a potentiellement tout mis en œuvre pour nous protéger. Bref, on grandit, on se catharsise, on ouvre les yeux, on passe du monde somme toute pas trop mal de l’enfance à celui, beaucoup plus violent, des adultes.

lecture-jeune

n°160- Hiver 2016 . lisez aussi l’excellent article de Clémentine Beauvais sur la traduction #rienàvoir. Publié par Lecture jeunesse

 

Dans le (très bon) dernier numéro (160) de la revue Lecture Jeune, Clara Delmas, prof-doc (comme on dit dans l’jargon) dans un collège de Seine-Saint-Denis, nous parle de la décompelixitude extrême de la littérature jeunesse suédoise, qui n’hésite pas à aborder les thèmes les plus sombres et les plus tabous, considérant que les enfants sont des adultes comme les autres. Marine Carteron s’inscrit parfaitement, du moins il me semble, dans cette vision des choses. Bien que Génération K. soit un cran au dessus, niveau violence sanguinolente, que Les Autodafeurs (c’est un peu moins drôle, du coup, la pilule passe différemment…), il y a quelque chose d’extrêmement bienfaisant et salvateur, parce que cette violence là n’est pas la vraie vie, parce que ces personnages n’existent que dans ce livre et dans ma tête. Parce qu’en même temps qu’on se ressemble, la nature même de notre vie est essentiellement différente. On peut donc exister à travers eux, sans qu’eux aient la possibilité d’exister à travers nous. Et ça, c’est totalement libérateur.

Aller, une critique quand même, récurrente dans les deux œuvres. Trop de références. C’est sûrement moi einh, mais j’aime pas ça. Les références aux vrais groupes de musique, aux vraies marques, à la vraie vie de la maintenant tout de suite. D’abord, je trouve que ça marque trop le livre dans son époque, dans 10 ans, plus personnes n’écoute ce groupe (non pas que la terre entière aie les même goûts musicaux que Ka, mais je parle en général), ou plus personne ne porte cette marque et pouf, on bascule dans le ringard alors que rien d’autre dans le livre ne pousse dans cette direction. Dans le K de Génération K., c’est plutôt un autre problème, celui de l’exclusion. Je ne connais aucun groupe de métal écouté par Ka, (et pourtant, du métal, j’en ai écouté), et du coup, je me sens complètement coupé de ce personnage, complètement exclue de ce qu’elle ressent, même si c’est assez bien explicité par ailleurs. On a quand même cette impression un peu pédagogique, comme si on devait nous apprendre quelque chose sur le métal, justifier le fait que cette musique soit celle choisie par Ka. On voit bien le bien-fondé de la démarche, dédramatiser, désamorcer les préjugés autours de cette musique. Mais quelque fois, même si on connait parfaitement le sujet dont on parle, même ce qui est décrit ressemble vraiment à ce qui se joue dans la réalité, la vraie vie fait moins réelle que la fiction.

Mais aller, en vrai, FUCK YEAH GENERATION K. !

metal

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s