Cité 19 / Stéphane Michaka – PKJ, 2016-2017

cité19Paris tu nous ouvres ton cœur, oui tout dans Paris est bonheur*…

* Chanson du cultissime Anastasia, des studio Fox, qui a bouleversé ma pré-adolescence et n’a aucun rapport avec la choucroute, si ce n’est qu’il se passe un peu à Paris à la fin.

Bon, je me livre à un exercice un peu compliqué, mais devant l’urgence de la situation, je n’ai pas d’autre choix. Je vais donc critiquer un livre, une série de 2 livres même, sans les avoir sous la main.

Je sais. Je suis un peu inconsciente.

saut
n’ayez pas peur. je maîtrise.

Bon, et pour le coup, je vais m’efforcer de faire une vraie critique. En mode je commence par vous parler un peu de l’auteur, puis de quoi ça parle comme livre, puis pourquoi j’ai aimé, ou pas. Pas de digression biscornue, pas de réflexion philosophique, de la critique.

Et pourquoi donc ? parce que ma vie commence la semaine prochaine. Et oui, rangez votre jalousie, je passe mon lundi et mon mardi avec Stéphane Michaka, l’auteur de Cité 19 (et d’autres livres, einh, faut pas croire), j’aurai donc l’occasion de l’interviewer pour vos beaux yeux, et ça me semble la moindre des choses de vous parler de son œuvre un petit peu avant.

C’est donc partie mon kiki, pour une critique en bonne éduforme.

L’auteur donc : Stéphane Michaka est un homme, sur les photos, on voit qu’il a des cheveux foncés, et sur les sites internet, on apprend qu’il est né en 1974 à Paris, qu’il a fait ses études en Angleterre et en Afrique du Sud. Il a en tout cas la meilleure présentation biographique jamais lue :

Stéphane Michaka écrit des histoires qui mêlent et décloisonnent les genres.
Elles se situent sur le fil ténu qui sépare rêve et réalité, masculin et féminin, passé et avenir. Ses romans (Cité 19, Ciseaux, La Fille de Carnegie) et ses adaptations pour la radio (Le Château, Dracula, Alice & Merveilles) parcourent ces zones-limites, passages étroits, lieux-frontières où les êtres humains explorent leur part de liberté.

Et voilà voilà, j’aurai aimé pouvoir l’écrire, mais quelqu’un d’autre l’a fait avant moi.

Cité 19 est son 1er roman jeunesse, il a écrit avant plusieurs romans adultes, notamment  La fille de Carnégie (Rivages, 2005) un polar que je projette de lire ce weekend pour faire la maline lundi, et Ciseaux (Fayard, 2012), un roman sur Richard Brautigan Raymond Carver (ce que c’est de s’essayer à la critique quand on n’est pas fait pour ça…)et la relation qu’il entretien avec son éditeur, que l’auteur surnomme Ciseaux, et sa femme, qui a été lu et aimé par Laurence, des Nouvelles Hybrides, qui accueillera l’auteur en résidence à la Tour d’Aigues, un bled d’à côté.

Si on est comme moi adepte des fictions radiophoniques, on se rend compte qu’on s’était jamais rendu compte, du coup, que Stéphane Michaka est l’auteur de nombreuses fictions radiophoniques, dont Alice au Pays des Merveilles, Au cœur des Ténèbres ET Cité 19… qui a donc été, en 2012, une fiction radiophonique, avant d’être publié en 2015 pour le tome 1 et 2016 pour le tome 2 par Pocket Jeunesse.

note
tu notes?

« Histoires qui décloisonnent les genres » « sur le fil ténu qui sépare le rêve et la réalité, masculin et féminin, passé et avenir », voici des mots qui résument à merveille, et mieux que je ne pourrai le faire, l’œuvre de Stéphane Michaka, dont Cité 19 pourrait sembler être un sacré condensé.

Faustine, l’héroïne du roman, est la fille de Louis Treussart, gardien au musée d’Orsay et de Sylvia, qui les abandonné alors qu’elle était toute petite. Elle grandit donc seule avec son père, entourée d’objet d’Art et d’Histoire, et, à l’image de ses parents, elle se passionne pour le Paris du 19e siècle, qui est pour elle un refuge. Faustine n’est pas une ado particulièrement bien dans sa peau, alors quand elle découvre que son pote (son chéri ? je sais plus ET JE PEUX PAS VÉRIFIER PARCE QUE J’AI PAS LE LIVRE, ENFER ET DAMNATION) Vikram sort avec Morgane, sa pote (ou une fille qu’elle aime pas? là non plus, je sais plus, mais vous allez bientôt savoir pourquoi…) et qu’en plus, son père est retrouvé mort en bas d’un monument historique (la vérité je spoile rien, c’est le 1er chapitre, alors on se calme et on redescend d’un étage…(redescend d’un étage…mort en bas d’une tour, tu l’as ? AhAh qu’est-ce qu’on se marre ici)) ben c’est un peu la goutte d’eau qui fait déborder la Seine, et elle part en biberine retrouver dans une station de métro abandonnée un mystérieux inconnu qu’elle soupçonne avoir un lien avec la disparition de son père . Mauvaise idée. Ça pue le mauvais plan à plein nez.

En même temps vu qu’elle ne croit pas que son père soit mort, que depuis qu’elle essaie de lever le voile sur ce qu’il s’est passé avec le paternel on essaie de la tuer et qu’une mystérieuse secte qui propose de partir découvrir Paris au 19e siècle, ben elle est plus à ça près, la Faustine. Donc, go la station de métro, et paf la girafe, elle se réveille dans le Paris du 19e siècle.

Je vais arrêter là avec le pitch, j’aurais trop peur de dépasser les bornes des limites et de te spoiler un truc que tu aurais eu envie de découvrir par toi même.

soulagement
ne me remercie pas. lis le livre.

Cité 19 est ce qu’on appelle un roman foisonnant sa mère : polar, thriller, SF, historique –> à la frontière des genres : check. Porté par l’écriture rythmée de Michaka, on plonge dans le roman comme Louis Treussart du haut de la tour (bon, c’était la dernière, après j’arrête, c’est lourd, les blagues les plus courtes toussa toussa), et on n’en sort presque plus. Sérieusement, ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre, où, à la fin d’une phrase ou d’un chapitre, mon sourcil droit se relève en mode « huummm, élémentaire mon cher Watson, nous sommes là devant une affaire qui nous dépasse, tournons cette page voir si nous apprenons plus. » « damned. le gredin, il s’est joué de nous, il nous manipule ».

Durant tout le premier chapitre, le narrateur nous nargue, il nous promène, sachant très bien que tu sais que lui il sait que tu sais pas alors que lui oui. Énervant. Mais terriblement, terrifiquement efficace. On sent qu’on a à faire à un auteur qui maîtrise bien le genre et ses codes. Par contre, au chapitre d’après (ou celui d’après, rapidement quoi), on déchante un peu. Parce que si, de toute évidence, l’auteur gère en matière de style et de genre, il pèche un poil en matière de roman jeunesse. Et c’est un peu le patatras quand on arrive aux scènes d’introduction des personnages. Parce qu’ils ne sont pas trop crédibles, parce que sur 3, y’ en a deux dont je n’ai pas compris l’utilité, ni dans le t1 ni dans le t2, et parce qu’à part Faustine et les personnages adultes, tout ce qui semble être plus ou moins ado est un vaste cliché. Mais honnêtement, c’est juste deux/trois chapitres au début, avant que l’auteur ne reprenne la main sur le récit, qu’on bascule dans la partie Paris au 19e et que ce soit reparti comme en 1840.

C’est une des questions que j’ai vraiment hâte de pouvoir poser à l’auteur, pourquoi ? je me pose la question de la part de responsabilité de l’éditeur : PKJ publie certes de très bons romans, mais ils ont ce côté un peu mass culture qui me laisse à penser (à tort peut-être) qu’ils ont leur rôle à jouer dans ce ratage. Peut-être fallait-il se couler dans un moule imposé qui ne coulait pas de source pour l’auteur ? peut-être aussi que l’auteur lui-même à voulu donner un côté djeuns aussi raté l’utilisation de cette expression ? je ne sais pas. En tout cas, je suis ravie de ne pas être la seule à avoir été étonnée par cette partie du récit, qui, finalement, n’apporte rien et tombe plutôt comme un cheval dans la soupe.

Passons. Non, mais vraiment, passons, parce que s’arrêter à ces maladresses serait aussi débile que de ne pas manger une banane sous prétexte qu’on n’aime pas la peau ; le meilleur reste à venir.

Il semble assez évident que l’auteur aime Paris, que l’auteur aime le 19e siècle, et cet amour transpire tellement qu’il m’a donné envie d’aller à Paris, ce que je fais ce week-end. Pour la 1re fois, je vais visiter Paris en double visiorama : Larispem et Cité 19. A moi passages des Panorama, Brady, de la Madeleine, à moi musée d’Orsay et Halles, à moi rues et canaux, je vais parcourir la vieille citée armée de mes deux bouquins, à la recherche de ces endroits qui m’ont fait rêver (ou cauchemarder, parce qu’il y va pas de main morte, le Michaka !). Dans cette incroyable histoire, où les retournements de situations s’enchaînent, à la fois plus improbables et plus logiques les uns que les autres, Faustine, notre héroïne se métamorphose et se dépasse pour mener les enquêtes les plus effrayantes de sa vie. On passe de surprises en surprises (ce qui n’est pas sans rappeler les romans de Marine Carteron, pour le foisonnement et le rocambolesque jouissif des situations), de retournement de situations en réflexion quasi-philosophique (mon avis est qu’on aurait même pu s’autoriser un truc encore plus poussé dans la réflexion, et peut-être un peu moins compliqué dans la mécanique du récit) : on retrouve à la fois du Alice au Pays des Merveilles, mais aussi d’À la Croisée des mondes, et tout ça sans jamais se perdre.

Du tome 1 au tome 2, on circule dans le roman comme dans le Paris des grands-travaux, au rythme des coups de pioches et de canons, on navigue dans l’histoire, dans l’Histoire, dans le fantastique et dans le réel, on se perd et on se retrouve, et on tourne les pages avec l’envie frénétique de finir ce roman.

J’ai beaucoup de questions à poser à Stéphane Michaka, qui, je pense, signe un excellent roman pour la jeunesse. Pas mal de remarques aussi, notamment au niveau de la psychologie des personnages, peut-être aurait-on pu aller plus loin, que ce soit les personnages adolescents (on en a parlé) ou adultes (la mère de Faustine, notamment) et surtout, le rapport à la mort ; peut-être y a-t-il eu une sorte d’auto-censure du fait d’écrire pour la jeunesse ? peut-être aussi tout simplement cela vient du fait que c’est apparemment une première pour l’auteur ? Il y a déjà un net changement entre le t1, un peu inégal et maladroit, comme on l’a vu, et le t2, plus sombre, plus direct, plus complexe, alors j’attends avec impatience le prochain roman de l’auteur, que je m’empresserai de lire.

Si vous avez des questions pour l’auteur, n’hésitez pas à nous en faire part en commentaire, on sera ravie de vous prêter notre voix !

 

 

 

 

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