Highline / Charlotte Erlih – Actes Sud, 2015

hghline

C’est l’histoire d’un homme qui tombe d’un immeuble de 50 étages. Le mec, au fur et à mesure de sa chute, il se répète sans cesse pour se rassurer:jusqu’ici, tout va bien. Jusqu’ici, tout va bien. Mais l’important, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage.

En fait, c’est l’histoire d’un mec qui peut tomber d’un immeuble de plusieurs étages, l’histoire d’un ado qui joue avec sa vie et d’une auteure qui joue avec tes nerfs.

D’une seule voix fait encore mouche. Enfin, je dis « encore », mais je devrais dire « toujours ». Je me rappelle très bien, Highline est le 3e ou 4e titre de la collection nouvellement relookée que je lis, en 2015, quand mon nouvel office arrive. J’ai déjà lu le Scotto, et un autre titre de Cathy Itak, Pas couché (je crois… et pour le sport, je ne vérifie même pas sur Google, au diable l’exactitude), et à chaque fois, je me suis pris une grosse claquasse sur les deux joues (une pour chaque titre).

Avec ce titre, surprise. On me vend une histoire de slackline. De. Slackline. Oui, moi aussi j’ai fait cette tête. Un peu un mélange de « are you tawking tou mi » et de « c’est quoi cette blague ». J’ai un tantinet, je dois l’avouer, cru que le directeur de collection en personne se foutait de moi et se prenait pour un éditeur qui pense que publier un livre sur un sujet « djeun’s », comme disent les vieux, fait de lui un éditeur « au top du top »

ow yeah

(ou « tip top », ou une autre expression des année 80 qui ne fait plus DU TOUT partie du langage courant, mais est toujoures utilisée par une certaine partie de la population, qui a un peu du mal à assumer les années qui passent). Bref, un instant, j’ai eu la faiblesse de douter.
Que celui qui ne s’est jamais fourvoyé me jette la première pierre.

J’ai quand même ouvert le livre, avec la ferme intention de lui en foutre plein la gueule avec mes « j’en ai marre de ces auteurs qui font tout pour être à la mode » (ok. En vérité, j’ai du dire « qui font tout pour être djeuns. Parce que oui, j’aime pas vieillir), ou un bon vieux « encore un titre qui va durer 2 semaines et qui sera complètement périmé (scoop : le mythe de la bibliothécaire acariâtre n’est pas un mythe) et j’abrège ici le suspens insoutenable, j’ai du ravaler mes répliques à 2 francs parce que je me suis pris une claque. Encore. Et comme j’avais pas de 3e joue à tendre, j’ai eu droit à un aller-retour pour que ça fasse un chiffre rond.

gifle
dans.ta.page.

100 pages de tension, d’osmose totale entre l’écriture et le récit, les mots nous tiennent en équilibre, les muscles des mains, du dos, des jambes tendus, à l’affût du moindre courant d’air, le souffle court et la tête ailleurs.

On est avec cet ado, celui que la pièce tirée à pile ou face a désigné pour se lancer dans la grande traversée, celle qui part de la fenêtre d’un immeuble pour arriver à celle de l’immeuble d’en face, celle qui se fait en équilibre, sans la moindre attache, sur un fil tendu. En avançant sur le câble, il refait avec nous le chemin qui l’a amené ici et maintenant ; et on commence a comprendre pourquoi. Pourquoi ce besoin de se mettre en danger, d’aller si loin au bout de soi, se dépassement, cette envie de se prouver à soi-même et aux autres que merde à la mort, qu’on est meilleur qu’elle et que le pire est derrière soi.

Encore une réussite, qui, déjà 2 ans après sa parution résonne toujours en moi comme un vif rappel de ses années pas toujours facile, ou aller au bout du bout est une façon d’être, une drogue dont on n’arrive pas toujours à décrocher, et qui, quoi qu’il en soit, laisse des traces.

D’une seule voix, d’un seul souffle. Court, le souffle.

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