Un autre regard sur la littérature jeunesse. (Re)lire avec les yeux d’une mère. Partie 2/2

  1. Non, non rien n’a changé, tout, tout a continué

En ce qui me concerne, devenir mère n’a pas changé ma façon d’analyser un livre. En fait, je n’ai pas l’impression que devenir mère ait changé quoi que ce soit chez moi. A part mes cernes. Et mon teint terne. Et la cellulite.

Et que j’ai dorénavant toujours 5/10 minutes de retard. Mais passons. Si ça continue ce blog va devenir le réceptacle de la recette des cookies bio gluten free vegan insipides adaptés aux mioches sans dents.

Ce qui me semble inévitable – et attention ce point de vue est complètement subjectif – c’est que mon expérience, mon vécu, influence nettement la réception émotive (et pas analytique) de ce que je lis. Exemple concret : pour ma première grossesse, je flâne en librairie et je tombe sur Kinderzimmer, écrit par Valentine Goby, que je voulais lire depuis un moment déjà. Cool, je suis en congé maternité et j’ai donc enfin du temps. EXPÉRIENCE HAUTEMENT TRAUMATISANTE (pire que Petit-Pied qui perd sa mère et croit la voir dans un nuage et le suit en pleurant « mamaaaaaaaaan »).

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On n’a pas idée de recommander ça à des enfants de 5 ans. MONSTRES

Ce livre est un bijou, mais l’histoire d’une jeune fille enceinte en plein camp de concentration pendant la seconde guerre mondiale m’a été très pénible à lire quand moi également j’étais occupée à couver un petit être innocent dans un monde de bisounours. L’identification a été vraiment brutale et je me suis retrouvée dans l’incapacité de me mettre des filtres fiction/réalité. A mes nuits d’insomnie et à mes larmes de crocodile.

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Pour en revenir à la littérature dite « jeunesse », j’ai toujours eu un goût très prononcé pour les romans ados qui traitent des premiers émois et encore plus du lien ado/milieu familial (et non Freud, j’ai toujours eu des bons rapports avec mes parents, rien de bien dramatique, donc je ne m’explique pas POURQUOI j’aime autant ça). Je dois avoir une passion inavouée pour les gens et leurs cerveaux complètement détraqués.

Ce qui a changé dans cette passion dévorante, c’est encore une fois la réception émotive que je fais du sujet. Je ne m’identifie pas plus aux parents, mais je les comprends, parfois même les excuse… bref, je suis beaucoup plus souple dans mon jugement envers eux. Je me pardonne mes futurs « parents faux pas »…

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j’ai pas pu m’empêcher …

tout en prenant une réelle conscience du rôle que nous jouons dans la vie de nos enfants, à la fois porteur et destructeur. D’ailleurs, on a déjà parlé sur ce blog, mais mes chouchous du genre « ma famille, ma meilleure ennemie » :

2. De la censure

Ainsi, je ne considère pas avoir une analyse différente mais bien une charge émotive qui s’est déplacée en ce qui concerne ma place de lectrice. Mais comme je suis bibliothécaire (et professeure-documentaliste avant ça), j’ai aussi un rôle de passeur. Or, j’ai remarqué, depuis que j’ai fait don de mon corps à la descendance de mon cher et tendre, qu’il n’était pas impossible que je devienne plus frileuse dans la recommandation de certains livres. Avant, j’étais assez partisane du : « ah ça t’as bousculé ? tes parents aussi ? Ils sont en colère que je t’ai prêté ce livre ? mais vous en avez discuté au moins ? ». J’aimais bien déranger gentiment, parce que c’est aussi ça la littérature non ? Il faut un peu se laisser bousculer, et si ça entraînait toute la famille, alors là c’était carton plein, standing ovation pour moi-même (je ne parle pas de choquer pour choquer, que l’on s’entende bien, mais bien de sujets qui bouleversent, révoltent, interrogent, émeuvent, …). Me vient en tête la BD dont a déjà parlé Lucie à plusieurs reprises, Une sœur, de Bastien Viviés, un coup de cœur partagé, mais si je suis honnête avec moi-même, je pense revoir à la hausse l’âge des mains dans lesquelles je mettrais ce bijou.

3. De la transmission (ou comment ma fille est devenue un cobaye)

Nous arrivons donc au dernier point de (re)lire avec les yeux d’une mère : le plus incontestable dans ce nouveau rôle de maman, le top du top, le hit machine de la bonne nouvelle, c’est que, dorénavant, tu as un petit être à ta merci qui peut te servir de testeur pour tous les livres qui t’interrogent (bon, le hic, c’est que ça grandit moins vite que ce que l’on en dit, donc à chaque jour suffit sa peine, pas la peine de tester la série des U4 sur votre bébé de 6 mois, les résultats risquent d’être contestés…).

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Et, même si je lis énormément d’histoires à ma paupiette depuis la naissance, par convictions mais surtout par goût, c’est assez intéressant de voir que vos coups de cœur à vous, adultes chevronnés de la question littéraire jeunesse, ne sont pas forcément les siens (et oui, cet être tout rond tout mignon qui vous coupe vos nuits, s’accrochent à vos mollets et vous oblige à aspirer sa morve va – inévitablement – vous réclamer T’choupi, Oui-oui, Martine et autres. L’ingrat). Ainsi, ça remet sans cesse en question votre jugement littéraire, dans le bon sens. A côtoyer énormément de livres au quotidien, j’ai parfois l’impression de ne plus savoir trier le « bon » du « mauvais », et ça oblige à retrouver son « instinct primitif de lecteur« .

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Un peu comme Basquiat, mais avec une dose de talent c’est déjà plus parlant…

Parfois, une bonne charge émotionnelle vaut mieux qu’une analyse bien sentie. Ça pose aussi la question de sa légitimité, qui suis-je pour dire qu’un livre est bon ? L’enfant est-il le meilleur juge ? Mais là, on touche un autre débat…

Pour vous féliciter d’être resté jusqu’au bout de cet article hautement subjectif et discutable, une petite liste (mais vraiment raccourcie) des albums que Paupiette Ière du nom a adoré/adore (même si parfois, ça me laisse dubitative…) :

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6 commentaires sur « Un autre regard sur la littérature jeunesse. (Re)lire avec les yeux d’une mère. Partie 2/2 »

  1. Bien d’accord ! Avant d’être mère j’avais en horreur les séries comme T’choupi… bon ben maintenant je m’y suis fait ! ^^ Le plus important (en tout cas à 3 ans) c’est que l’enfant trouve du plaisir dans la lecture ! Je trouve pas mal d’albums que j’adore à la médiathèque mais que mon Mini ne comprend pas ou ne réclame pas après une première lecture… tant pis ! Et notamment à cet âge là je trouve que les dessins jouent beaucoup : je n’ai pas du tout les mêmes goûts que mon fils !

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    1. effectivement, notre sens esthétique est souvent bien différent… Le principal étant, je pense, de montrer des illustrations et/ou albums très divers, je me dis que ça doit forcément « affûter » le regard. Après, je ne calcule pas, ça se fait naturellement ce rapport au livre, on m’en lisait beaucoup petite, je reproduis sans trop me poser de questions. Ma paupiette est très en demande, peut-être que sa petite sœur sera beaucoup moins en demande… Ils nous obligent à nous réinventer et à revoir nos positions, en ça c’est déjà plutôt chouette !

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      1. Pareil chez moi, il y avait toujours plein de livres chez mes parents et ils passaient beaucoup de temps à lire. Ils me lisaient beaucoup d’histoire et plus tard j’ai pioché dans leur bibliothèque comme je voulais. C’est quelque chose que je souhaite reproduire avec mes enfants. Montrer des choses très différentes et laisser l’enfant affûter ses goûts et faire ses choix seuls petit à petit. Et le laisser aimer ce qu’il veut. Et ne pas dramatiser s’il n’aime pas lire. Quand je vois mon frère et mon conjoint qui ne lisaient pas du tout quand ils étaient ado et qui maintenant lisent énormément, je me dis que rien n’est jamais perdu !

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      2. Oui je dis souvent que quand j’étais ado j’avais bien autre chose à faire que de lire. Le tout c’est de savoir qu’on peut et qu’il y a l’offre 🙂

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    1. je trouve génial quand ma fille adore un album que j’ai à peine remarqué (ou vice-versa), ça veut bien dire qu’on ne les a pas encore complètement façonné à notre image 😉 et par la même, c’est un peu eux qui nous font changer 😀

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