Bergères guerrières / Jonathan Garnier et Amélie Fléchais – Glénat, 2017-18 et au-delà

bergeresMon mouton à moi, est un gangster, mon mouton à moi est un gangster, il fait partie du ministère amer [de la guerre]*.

*je sais pas pourquoi j’ai toujours cru qu’il disait « de la guerre » alors que, vérification faite, pas du tout. Un psychanalyste parmi vous ?

Salut à toi, Moumoute chérie qui nous rejoins peut-être sur ce blog pour la première fois, appâté par l’odeur alléchante de la bergerie en ébullition, salut à toi, habitant des hauts-plateaux du sud-ouest, heureux de constater que nous ne t’avons pas oublié ni toi ni l’autre moitié laineuse des habitants de ta contrée, salut à toi, l’irlandais, l’écossais, l’islandais, le néo-zélandais, salut à toi, fan de tricot et de laine, salut à toi, qui en a marre de lire des BD avec des petits garçons qui jouent aux jeux-vidéo et des petites filles qui font de la danse ou du poney. Salut. Tu veux un thé du Larzac ? C’est un peu comme du foin, mais liquide, ce qui nous permet de filer subtilement cette métaphore de la moutonnade, qui elle-même nous permet d’installer tout aussi subtilement l’atmosphère qui te permettra de saisir l’ampleur de la génialitude qui t’attend à la lecture de ces deux opus de Bergères Guerrières, en attendant que le 3e pointe le bout de son nez.

Alors oui, tu vas dire qu’on radote, parce qu’on avait déjà parlé de Bergères Guerrières ici*, mais c’est notre blog, on fait ce qu’on veut.

*d’ailleurs, ce remarquable article, que je viens de relire, est tout à fait d’actualité, donc n’hésite pas, c’est cadeau

C’est vrai, c’est vrai. L’heure est aux héroïnes badass, à Astrid Bromure, à Aliénor Mandragore, au féminisme ordinaire, dans le sens le plus positif et héroïque du terme ; oui, on peut aujourd’hui de plus en plus facilement trouver des filles qui agissent, qui muent et remuent, qui se battent, qui réfléchissent au grand jour, et oui, ça fait du bien. Nous pouvons enfin nous dévoiler toutes entières au genre humain, nous pouvons aimer tricoter et faire de l’escalade, nous pouvons avoir un doctorat en matériaux bio-écolo-organifères (c’est hyper pointu, normal si tu connais pas) et être top-model (enfin, bon, ça on peut quand même pas trop trop encore, mais on va y arriver), et oui, vous pouvez être un homme et trouver normal qu’une femme soit assez grande pour décider seule de ce qu’elle veut mener comme vie. Oui, quand même, malgré tout ce qu’il reste à faire, je crois qu’on avance, petits pas par petits pas. Petits sauts de moutons par petits sauts de moutons…

wink
et cette métaphore qui se file toute seule…

ET OUAI MON POTE. Petit saut de mouton par petit saut de mouton, tu te fais prendre à l’insu de ton plein gré par la déferlante Bergères Guerrières, comme tu t’étais fait taclé derrière le genou par Momo (j’en parle ici sur le blog d’Allez vous faire lire, chronique N°21), pas parce que c’est des BD dans l’air du temps, mais parce que ce petit filou de Jonathan Garnier (ahaha, j’avais marqué Jonathan Guerrier, lapsus révélateur s’il en est) est un scénariste qui envoie du bouc et qu’il sait s’entourer d’illustrateurs qui savent parfaitement t’attirer dans leur univers.

Sur le terrain bien préparé des bouquins qui en font pas des caisses sur le genre, Bergères Guerrières reste un bel ovni parce qu’il se dote d’un scénar solide et d’une identité visuelle qui l’est tout autant. Out la BD de gags, du balais le style facile, on a du beau, on de l’intelligent, on a du coloré, du vivant. Et on aime ça, nous.

mouton
be. prepared.

On suit donc Molly, qui, du fin fond de son village déserté par les hommes partis à la guerre, ne rêve que d’une chose : intégrer l’ordre des Bergères Guerrières. Crée en partie par les femmes de sa famille, il a pour objectif de former des guerrières qui seront aptes à défendre le villages contre les attaques plus ou moins humaines qui le menacent. Et il est interdit aux garçons. Au grand dam pas Liam, le meilleur poto de Molly, qui rêve lui aussi d’être une bergère guerrière.
Les guerrières de l’Ordre, armées de leurs boucs de combats et de leurs armes de belles gosses, sont quant à elles préoccupées par le retour de la Malbête, un monstre légendaire qui menace le village.

Voilà pour le pitch. Du tome 1. Parce que si je te pitche le tome 2, bah, je te spoile le 1, t’es pas content, tu claques la porte du blog et nous on met la clé sous l’écran.

mais si tu veux savoir, le tome 2 il est encore vachement mieux que le tome 1, parce qu’il va fouiller dans les personnages un peu plus profondément, parce qu’il est plus noir, plus inquiétant, qu’il pousse l’histoire plus loin et qu’il finit terriblement pas. Aussi parce qu’il y a l’histoire d’amour qui tourne mal, les relations parents-enfants qui s’emmêlent, plus de magie et moins de contrôle.

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Moins de contrôle dans la vie des personnages, parce que côté auteurs, on reste dans la maîtrise totale.
On retrouve avec délice l’ambiance irlando-mythique qui avait fait notre bonheur dans le tome 1 : ces chevelures flamboyantes, ces vertes landes inquiétantes et ces personnages doués de pouvoirs étranges, mais sans que ça choque personne. Ok, le gars à de l’herbe qui lui pousse dans le nez, mais tranquille, on est en Irlande, c’est normal, pas de stress.

Les illustrations d’Amélie Fléchais portent à merveille cet univers particulier, tout en rondeur et en camaïeu de vert et bleu, ponctué de tâches pétantes. On est tout entier projeté dans cet environnement à la fois connu et magique. La fluidité du trait renforce admirablement les scènes d’actions et l’originalité, la douceur et la poésie du dessin nous tiennent éloigné de toute violence. On est dans l’onirique, dans le rêve, parfois le cauchemar, mais jamais dans la violence pour la violence. Il y a de belles références (enfin, je crois) à l’univers Ghibli, sans que ce soit trop appuyé, sans qu’on ai l’impression d’avoir à faire à de la copie : tout pareil que chez nos japonais de l’amour, à la fois, c’est très très beau, et à la fois c’est un petit peu inquiétant quand même. tu vois ?

Tout en subtilité, la pâte graphique d’Amélie Fléchais, à qui on doit les très beaux L’Homme montagne et Le Petit loup rouge (la fille n’en est pas à son coup d’essai) accompagne le scénario léché de Jonathan Garnier, pour les débuts de cette série qui, espérons-le, continuera dans sa lignée sans s’essouffler, et sans non plus trop tirer sur la corde.

 

Et donc là, si tu comptes bien, on vient de faire une belle liste de cadeaux de Noël, avec pas moins de 5 titres cités dans cet article. Tu peux acheter les yeux fermés, parce que promis, les heureux bénéficiaires de tes cadeaux vont adorer. Allez, de rien, on adore ça.

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