Ma Fugue dans les arbres / Alexandre Chardin – Magnard Jeunesse, 2019

arbres Quand nous chanterons, le temps des cerises, et gai rossignol et merle moqueur seront tous en fête.

C’est un joli petit livre. Un joli petit livre frais et printanier. Un livre d’aventures et de famille, qui se lit comme ça, et qui se referme avec du grand air dans la tête.

Albertine et Sylvain sont frère et sœur, ils vivent dans une belle maison, avec un nounou qui s’occupe d’eux, leur père étant fréquemment absent. Leur mère est décédée dans leur petite enfance, et le silence de sa mort plane toujours dans la grande maison, et encore plus dans le grand parc qui entoure la demeure, dans lequel tous les arbres ont été arrachés. Ambiance Le jardin secret (Toi-même t’es un vrai si tu connais cette référence) ambiance « Viens on aurait dit que not’ mère ben elle était morte et que moi j’aurai été la grande sœur et toi le p’tit frère et qu’on habitait dans un château sans nos parents » « attend ça existe pas sans les parents » « ben moi chui le nounou alors » « ça s’peut pas t’es un garçon, et ça existe même pas un nounou c’est que une nounou » « ben si ça s’peut » « ben non ça s’peut pas » « ben moi, mon frère aussi des fois il est nounou donc euh » « mais pourquoi c’est toujours moi que je fais le p’tit ? »

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touuuuuute ma jeunesse

Le père, lorsqu’il est là, impose une loi assez stricte, Albertine ne doit porter que des robes, et interdiction pour les deux enfants de jouer ou même d’entrer dans une forêt.

Le décor est planté, le nounou, la demeure, le temps figé, le parc, les prénoms un peu rétro, la vie au grand air… impossible au début de savoir à quelle époque se passe cette histoire. C’est malin, parce que ça nous ancre d’emblée, en tant que lecteur, dans un imaginaire très fort, et les images que l’on peut se créer sont totalement libres de toute entrave. ima

Peu à peu, les indices sont donnés, les jeans, les téléphones, mais plutôt que d’écraser ce qui a été construit, ils viennent s’ajouter aux images et se superposent sans gêner l’imagination.

Bon. On a la situation initiale, élément déclencheur : voilà-t-y pas que pour ces 11 ans, l’intrépide Albertine demande à son père l’impensable : installer une balançoire sur la branche d’un chêne. Si elle sait parfaitement que cette idée est un sacré affront à l’autorité paternelle, elle est loin de se douter qu’elle va la mener bien loin que prévu.

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vers l’infini et au-delà

Cette histoire sans prétention, hommage affiché au Baron Perché d’Italo Calvino, est une bouffée d’air frais. Pas de grande leçon, pas de considération philosophique… C’est pas qu’on n’aime pas ça, vous nous connaissez, on ADORE ça, mais aussi, des fois, ça fait du bien de juste lire pour le plaisir de se laisser porter par l’histoire. Une vraie histoire d’aventure, avec une fille qui habite dans les arbres et tout et tout. Une semi-orpheline un peu abandonnée avec son p’tit frère relou mais attachant qui vivent seul dans une grande maison avec un parc et leur nounou magique : un vrai condensé de phantasmes de petits pervers polymorphes.

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J’avais un petit doute avant la lecture de ce livre, j’avais eu un problème avec Mentir aux étoiles, du même auteur, qui était pour moi typiquement un roman pour prescripteurs. Je n’aime pas critiquer de façon négative un roman, c’est un bébé qu’un auteur a mis du temps à créer, auquel il est probablement attaché, et, en toute honnêteté, j’avais lu sans déplaisir ce roman. Mais, si j’avais trouvé les relations parents/enfants très attachantes, je trouvais que ce n’était ni un roman pour enfant, dans la mesure où la partie intéressante (les relations parents/enfant justement) du récit et le twist final n’était pas accessible aux 9-12 ans, la cible affichée, ni un roman pour adulte, puisque le ton adopté était justement…Celui d’un roman pour enfant. Le personnage de Salomé était complètement WTF, tombant à côté à chaque apparitions et aussi inaccessible pour les jeunes lecteurs. Bref, une lecture pas déplaisante pour un bibliothécaire, mais qui ne touche peut-être pas le public cible et qui n’est finalement lu que par des adultes et ne sort pas du rayon. Pas de quoi fouetter d’la crème, mais du coup, flop quoi.

A priori donc. Très vite dépassé. Les personnages sont bien campés, avec de forts caractères et des personnalités attachantes. Encore une fois, les relations familiales, ici le frère et la sœur, sont finement retranscrites : Albertine est une pré-ado dans toute sa splendeur, tyrannique à souhait avec son petit frère qu’elle martyrise comme seul les aîné.e.s savent le faire, Sylvain est un petit garçon trouillard et rêveur, qui voue une admiration sans faille à sa grande sœur. Les deux s’aiment très fort. Ils aiment aussi Nours, leur nounou, et leur père. On sent rapidement tout ça. Et le reste, tout le reste, tout ce qui peut nous sembler tiré par les cheveux est justement ce qui, à mon avis, va plaire aux 9-12 ans. Le phantasme du parent mort, la vie dans les arbres, les 400 coups commis entre frères et sœurs, le collège et l’école, le petit mystère, tout me semble juste, et juste là pour  le plaisir de la lecture. Pas de harcèlement scolaire, pas d’addiction, pas d’obésité, pas d’anorexie, pas de père qui tente de se suicider. Frais quoi. Facile à lire quoi.

Mais. Attend un peu… est-ce que j’serais pas un peu prescriptrice moi… ?

Alors, Ma Fugue dans les arbres, vrai livre qui plait aux 9-12 ans ou livre pour bibliothécaire ? Votre avis nous intéresse (particulièrement si tu as moins de 15 ans…)

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