Mon père des montagnes / Madeline Roth- Le Rouergue, 2019

mon-pere-des-montagnesOn a tous en nous, quelque chose de Madeline
Cette volonté de prolonger la nuit
Ce désir fou de vivre une autre vie
Ce rêve en nous avec ses mots à elle

Opla, toutes les belles rimes de JoJo mises à la poubelles sans vergogne aucune. On est un petit peu comme ça sur ce blog, d’Axelle Red à Johnny, on n’a pas trop trop de limite en terme de playlist et d’arrangement musical…

Mon père des montagnes donc, où comment Madeline Roth met à nu les relations familiales (et nous dévoile son probable partenariat financier avec le lobby des fabricants de mouchoirs, je vois pas d’autres possibilités…).C’est l’histoire de Lucas et de son père. C’est l’histoire de la montagne. Celle qui te permet de te retrouver seul avec toi même, ou seul avec les autres, quand vous êtes plusieurs à être seuls.

C’est l’histoire de ces êtres taiseux ou trop bavards, de ceux qui se passent leurs journées à se cacher, parce qu’on leur a pris cette liberté-là, d’être eux-même, en les enfermant, dans un travail (dans le livre, mais si t’extrapole un peu, ça peut être dans la famille/la société en général/leur couple…raye les mentions inutiles) aliénant, où le sens de ce que tu fais compte moins que combien tu en fais. Ces personnes-là qui pourtant donnent le meilleur, souvent, et ça les épuise, ça les rend fragiles.

C’est l’histoire aussi de ces jeunes, ces ados, qui cherchent justement une place où ils pourront être eux-même, pas comme leur parents. Ceux-là qui jugent parce qu’ils pensent savoir, ils pensent qu’eux, ils pourront échapper à ça, ils croient que leurs aînés sont des lâches, qui ne se sont pas battus. Ils pensent tout savoir probablement parce qu’ils sont en train de tout découvrir, d’ouvrir les yeux sur un monde qu’ils n’avaient jamais vraiment vu, et dans lequel ils ont pourtant grandi, et ce sentiment d’avoir enfin accès à LA vérité leur donne certainement un sentiment de toute-puissance à la fois destructrice et salvatrice.

école
et merci DTP pour ce bel instant de psychologie de maternelle

Dans le livre, ces deux-là, qui se connaissent bien, puisqu’ils sont père et fils, ont ce sentiment qu’ils sont devenus deux étrangers, avec plus grand chose à partager. Et ça les chagrine. Profondément.

Ils vont partir seuls à deux à la montagne, dans le chalet sans eau courante et sans électricité de feu les grands-parents et avoir 64 pages pour comprendre à nouveau ce qui les lie.

« Ouhla, attention poncif » t’ois-je dire, parce qu’effectivement, il peut sembler que cette thématique aura déjà été mainte fois explorée, mainte fois sous cet angle. Et pourtant, c’est parfois dans les vieux poncifs qu’on fait les meilleurs romans. Parce que pour moi, ce roman, à défaut d’être le meilleur, ce que je ne peux affirmer, est mon préféré.

Là haut sur la montagne

64 pages c’est court pour se dire Je t’aime, surtout quand ça fait des années que les rapports sont réduits au strict minimum. Pourtant, quand on arrive à se couper du monde pour se recentrer sur soi, pour se rendre compte que ce qui manque vraiment, on a besoin de peu de mots, et donc de peu de place, pour que l’essentiel jaillisse de nulle part. Ou, pas vraiment de nulle part, mais de là où il était bien caché.

 

 

La montagne, le hameau d’où le père de Lucas vient, duquel il est parti, c’est cet espace de liberté absolue où la contrainte de la vie de tous les jours ne s’exerce plus. Alors forcément, c’est pas non plus la fée bleue et ça vous change pas le bonhomme en 25 secondes, parce que là ça fait carrément court pour un roman, mais quand même. Ça créé des failles, ça laisse passer la lumière, comme dirait l’autre .

Mais ce lieu qui libère l’un contraint l’autre, qui doit se passer de ce qui lui semble le raccrocher à la vie et à la liberté : son téléphone, sa musique, ses amis.

C’est sur ces deux visions opposées de jeune con/vieux fou que se construit le roman de Madeline, chaque chapitre alternant la voix du père et celle du fils, en écho contre les murs des ruines qui les entourent. La pluie aidant, chacun va devoir abandonner un peu de lui pour se rapprocher de l’autre, retrouver des racines ici, monter sur les branches et regarder le monde autrement là.

Je ne dirais pas que la montagne est un personnage, plutôt le théâtre propice aux opérations manigancées par un autre personnage, terriblement présent par son absence, un personnage central et au combien touchant : la mère, l’épouse.

Si maman si

Cette mère, cette femme, c’est celle qui fait le dernier lien entre le père et le fils, celle qui est là, pour les deux. Par certains côtés, ce livre m’a fait penser à Tu ne sais rien de l’amour, à propos de rien à voir. Parce que les réflexions du fils sur ce qu’il pense être l’amour que devrait ressentir ses parents l’un sur l’autre sont complètement à côté de la plaque, parce qu’il ne sais rien de l’amour, justement. Moi j’ai tellement aimé ce personnage de la mère, et l’amour inconditionnel qu’elle semble porter à ces deux hommes, celui qu’elle a choisi et celui qu’ils ont fabriqué. Je dis pas que tout est rose pour elle, moi non plus, je sais rien de l’amour, mais en tout cas, elle est celle qui va permettre, par son absence physique mais sa présence dans la tête et le cœur des deux garçons de réparer ce qui s’était distendu mais jamais brisé, en partie grâce à elle.

Tu sais, t’as trois personnages dans ce livre. Trois. Aller, six si tu rajoutes les trois autres qui apparaissent un peu. Ben t’en n’as pas un auquel tu t’attaches pas. Pas un. Tu les aimes, tous. Pour ce qu’ils sont, même s’ils sont pas hyper glamour. Justement parce qu’ils sont pas hyper glamour.

Ce roman de Madeline Roth est d’une subtilité exemplaire, une justesse à ce point juste que Lucas et son père te font vite une place à toi, dans leur maison, dans leur récit. C’est pas pour rien que tellement de monde semble pleurer à chaudes larmes en lisant ce roman. On n’a pas tous un père taiseux qui avait une ruine à la montagne (même s’il est plus probable qu’on est tous à un moment ou un autre un ado fuyant qui passe ses journées sur son portable…), mais on a tous la place de se retrouver dans ces mots là, qui ont quelque chose de vraiment, c’est pas universel, c’est un autre truc mais je sais pas comment ça s’appelle, vraiment commun à ceux qui ont un jour dû grandir et se séparer de parents, de personnes aimantes, et qui, pour ça, ont dû passer par des moments où ils les ont moins compris, moins aimés peut-être, parce que c’est plus facile de quitter des gens dont on se sent moins proches.

Ma collègue du bureau de derrière l’a lu aussi, elle l’a aimé aussi, mais pour elle, c’est plus un livre qui parlera aux adultes, mais moi je sais que vraiment, vraiment, j’aurai aimé eu besoin de ce livre, avant, quand j’étais Lucas.

Je vous mets ici une autre critique, peut-être plus fine, moins alambiquée, qui en parle autrement en tout cas.

Beaucoup d’amour sur vous, et des mouchoirs, si vous décidez de lire ce livre.

 

 

 

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